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Jeudi 6 novembre 2008

Le deuil est un travail très difficile à accomplir. Comment accepter de perdre quelqu'un que l'on aime et dont on a besoin pour évoluer jour après jour. Alors comment se passe t-il pour un enfant ? D'autant plus que les enfants sont fréquemment écartés des rituels de deuil soi-disant pour les protéger du chagrin alors que ça les plonge seulement dans un silence où leurs questions ne peuvent pas être entendues.
Chez les enfants, la notion de la mort se développe lentement. Vers 3-4 ans, avec l'acquisition du langage, il commence à avoir des visions d'animaux frappés d'immobilité et il associe alors la mort au sommeil ; elle n'est donc pas perçue comme irréversible. La mort d'un proche est à ce moment-là considérée comme une séparation qui tend à se prolonger c'est ce qui explique pourquoi les enfants continuent à parler à la personne disparue comme si elle n'était jamais partie. Autour de six ans, apparait la notion du fantôme (figure symbolique entre la vie et la mort). C'est un stade intermédiaire qui va mener l'enfant à comprendre que la mort est irréversible. C'est à 7ans que cela se produit et c'est un moment très dur à affronter pour l'enfant. Il comprend alors que c'est inexorable, que ça finira par le toucher à lui aussi et que c'est la vieillesse qui l'explique. C'est quand il commence à appréhender le principe de la reproduction qu'il comprend la nécessité biologique de la mort. A ce moment-là, cela peut provoquer soit aucune angoisse, soit des conduites régressives pour éviter de vieillir. En revanche, ce n'est qu'à 10ans qu'il comprend que la mort peut survenir à n'importe quel moment. Cela s'accompagne souvent de deux phobies quasi universelles : la peur d'être enterré vivant et la peur de décomposition par les vers.
Le chagrin de l'enfant pendant le deuil peut s'exprimer de différentes façons : les troubles du sommeil, les conduites régressives (en restant collé à ses parents, il a l'impression qu'il pourra les protéger), l'agressivité (qui n'apparaît pas au début comme pour protéger ses parents qui souffrent puis la tension doit inexorablement sortir soit sur lui-même soit sur les autres), les somatisations qui sont toujours l'expression d'une angoisse latente et les troubles scolaires qui peuvent se prolonger longtemps après le décès, marqués essentiellement par une inattention et des troubles de la mémorisation (est-ce trop douloureux de se souvenir ? est-ce parce que parler du disparu est tabou ? est-ce parce que c'est trop dur de mettre des mots sur la douleur ?)
Pour aider un enfant à faire son deuil le plus correctement possible (car ce sera dans tous les cas très difficile pour lui et il faudrait une prise en charge thérapeutique plus systématique), il faut prendre en compte les trois dimensions essentielles du deuil à savoir la reconnaissance de la réalité, la remémoration et les sentiments de culpabilité. Pendant longtemps, la réalité de l'enfant est la conséquence directe de ses désirs (car les parents pallient aux désirs de l'enfant), en plus, s'il est dans une phase de conception de la mort comme réversible, cela repoussera un temps la reconnaissance de la perte. Pour l'aider à avancer dans son travail de deuil, il faut lui dire la vérité sans passer par quatre chemins et lui proposer de participer aux rituels de en lui expliquant ce qu'il verra ; cela lui permettra de mieux appréhender la réalité de la mort et de mettre des mots sur ses affects. Il saura ainsi qu'il peut parler librement du disparu et c'est un réel soulagement. Evoquer le disparu c'est comme le prolonger en nous, l'idéaliser et cela permet de lutter contre les sentiments de culpabilité. Pendant un moment, garder une relation vivante avec le disparu permet de supporter l'absence mais au fur et à mesure, il faut que cela soit remplacé par une idéalisation. Pour cela, il ne faut pas hésiter à évoquer les souvenirs de façon naturelle (mais respectueuse), lui montrer qu'il n'y a pas d'interdit. Les sentiments de culpabilité, qu'entraine tout deuil, sont rarement exprimés chez l'enfant exceptés dans les rêves, les troubles de comportement, la dépression ou les attitudes d'échecs qu'il peut manifester. Plus l'enfant a besoin d'amour, plus ces sentiments de culpabilités seront puissants et peuvent même être refoulés ou devenir des comportements d'agression envers soi-même. Dans l'enfance, nous connaissons tous une période de pensée magique (durant laquelle nous pensons que nous pouvons contrôler notre environnement par la pensée) et cela peut pousser l'enfant à penser que ce qui s'est produit autour de lui est de sa faute. La rivalité œdipienne qui le fait souhaiter la disparition du parent rival peut évidemment provoquer un sentiment intense de culpabilité (il peut même considérer cette situation comme une punition à ces désirs incestueux).
Pour beaucoup, le travail de deuil ne se terminera vraiment qu'à l'âge adulte à l'occasion d'un évènement qui fera ressurgir les affects jusque là refoulés (rupture, autre deuil...) où il pourra vraiment mentaliser cette perte et se reconstruire au-dessus d'elle.

Bon...J'espère que je ne vous ai pas trop déprimé. Mais je trouve que c'est important de connaître le fonctionnement des enfants et cela peut toujours aidé quand on a à faire à un enfant qui doit affronter un deuil si l'on sait ce qu'il ressent et comment il faut s'y prendre avec lui. J'espère que je ne me serais pas démenée à écrire cette article pour rien (j'espère que quelques personnes ne seront pas effrayés par la longueur et le liront et l'apprécieront pour ce qu'il est : un article écris par une modeste étudiante en psychologie).
Par Mystik33 - Publié dans : Psychologie
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